Arrêtons la critique des médias, créons des médias !

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Alors oui, le dernier édito du Soir pue, la une de la Meuse d’hier schlinguait aussi et la Libre, on ne sait pas, on a pas lu mais c’est sans doute pas mieux. Puis les journaux de la RTBF donnent de l’urticaire. Comme à chaque mouvement de grève – depuis des temps immémoriaux. Il ne saurait y avoir aucun doute. Même plus la peine d’en discuter.
Et après, qu’est-ce qu’il faut faire ? Qu’est-ce qu’il faut espérer ?

On peut critiquer, dénoncer la complaisance des « nouveaux chiens de garde », démonter les dispositifs médiatiques qui produisent des vacheries pareilles, s’offusquer de l’horrible verrou médiatique et même convoquer les responsables pour un grand procès en complaisance. On peut le faire et d’ailleurs, on ne s’en prive pas. Mais sincèrement, est-ce que ça nous fait du bien ? Est-ce que tout ça, ça ne reste pas une arme de vaincus – pour ne pas tourner autour du pot.
Que peut-on attendre de quelqu’un qui bosse pour le groupe Rossel, par exemple ? Il ne va quand même pas faire un boulot de révolutionnaire ! Il n’y a aucune impartialité à attendre de Béatrice Delvaux, pour prendre un bel exemple bien gras. Elle fait son job, elle sait qu’il y a des trucs qui s’appellent « rapport de force » ou encore « lutte des classes » – et que son discours intervient dans ce cadre-là, qu’il est conçu pour avoir un effet dans ce cadre-là. Et au vu de l’engagement des commentaires que ses interventions réussissent à déclencher et du clivage qu’elle parvient à créer avec ses adversaires, on peut même dire que c’est une sacrée bonne « community manager ». Enfin, pour sa communauté de pensée, évidemment.

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La question qu’il faudrait plutôt se poser, c’est comment a-t-on pu oublier cela à gauche ? Ou plus précisément encore, comment a-t-on pu tomber aussi longtemps dans le piège de la neutralité des médias et confier presque tout le boulot de récit d’une grève ou d’un mouvement social à une bande organisée de professionnels… payés par des grands groupes de presse ou, au mieux, par l’État (avec le succès qu’on peut voir ou entendre chaque jour sur les ondes de la RTBF) ?
Et comment peut-on insister dans cette direction proprement aberrante et concevoir des stratégies de communication qui consistent à investir l’espace que constituent les journaux du groupe Sud Presse ? Autant convoquer tout ce beau monde et se faire hara-kiri devant eux, une bonne fois pour toutes. On gagnera au moins du temps.
Il y a un fait qui saute un peu aux yeux concernant le paysage médiatique francophone belge : les instances « de gauche » 1 y sont très rares et leur impact est terriblement limité. C’est de là qu’il faut partir, il n’y a guère d’autre choix. Demander aux médias « de droite » d’être en quelque sorte plus sympa à notre égard, ça n’a aucun sens, ça reviendrait à tenter de demander à notre adversaire de nous filer un coup de main pour gagner la partie ! Il faudrait plutôt envisager le financement et la construction d’infrastructures adaptées à la diffusion et la construction d’idées « de gauche » – dirigées par elle.
Bon, évidemment, un plan pareil, dans l’État actuel de ce qu’on entend ici par « la gauche », c’est très ambitieux. Raison de plus pour ne pas perdre de temps supplémentaire à râler sur les éditorialistes de droite ou les intellos réacs en tout genre…

 

Notes:

  1. nous proposons de considérer, selon les critères de distinction emprunter à Gilles Deleuze (notamment par François Thoreau lors de la récente master class pour la rédaction de C4), que la gauche a besoin que les gens pensent (de nouvelles possibilités) et que la droite, en revanche, a besoin que l’ordre établi soit maintenu. De cette manière, on peut dire du service de l’info de la RTBF, par exemple, qu’il est « de droite » en ce sens où il n’a de cesse de vouloir nous faire rester dans les clous pour nous faire une opinion (sur la question de la dette publique, de l’âge de la pension ou de la grève). Alors peut-être que certaines personnes y travaillant pourrait être considérées « de gauche » mais le dispositif dans son ensemble et surtout les problèmes tels qu’ils y sont formulés ne le sont pour ainsi dire jamais
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