La Nature qui se Défend

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Rentrer dans Bruxelles pour célébrer la nature qui se défend et la randonnée militante en ce lundi de Pentecôte, quelques jours seulement après le sommet de l’OTAN qui a vu se réunir une vingtaine de chefs d’État, voilà qui est symbolique ! Après leur traversée physique, mentale, économique et sociologique du pays, les deux groupes de marcheurs et de marcheuses se rejoignent à la capitale pour la Fête de la Nature qui se Défend, à un saut de puce du Conseil de l’Union européenne. Une fois de plus, la richesse et la diversité des échanges sont au rendez-vous, de même que le soleil, pour clôturer en beauté cette marche pas comme les autres…

Aujourd’hui, on va pénétrer lentement la capitale de l’Europe. C’est la première fois que je rentre dans Bruxelles à pied, je crois. Le rendez-vous est donné dans la tristement célèbre usine de VW/Audi Forest, avec comme destination La Fête de la Nature qui se Défend, au Parc Léopold, en plein cœur du Quartier Européen…

Aujourd’hui, les deux marches à l’initiative des Acteurs des temps présents, «La Marche des Communs» (parcours à travers les Provinces de Liège, Namur et Luxembourg) et «La Marche des Réparations» (à travers le Hainaut et le Brabant Wallon) se rejoignaient pour se terminer à Bruxelles.

C’est l’avant-dernière étape. La toute dernière arpentera d’autres coins de la Capitale en ce lundi de Pentecôte. On va par exemple traverser le site de la nouvelle « Méga Prison » ! Et planter quelques vignes, encore…

Mais on en revient au dimanche… Notre chemin va d’abord nous amener à travers des boulevards suburbains qui, où que se pose le regard, ne sont que mêmes zones commerciales et industrielles, avec leurs hangars préfabriqués… En prenant une tangente, on traverse la Senne, juste avant qu’elle rentre sous terre, pour atteindre les berges du canal, à Anderlecht. Le canal à cet endroit-là est un territoire hybride fait de bâtiments industriels plus ou moins à l’abandon, mêlés à une nature urbaine qui reprend peu à peu ses droits. On espère que bientôt cette balade du canal sera ré-aménagée et que ce chemin sera ré-approprié par le plus grand nombre possible de bruxellois…

Et puis on arrive aux abords du Marché du dimanche aux Abattoirs d’Anderlecht. On passe alors de quartiers encore populaires, surpeuplés, un peu abandonnés, et – ça se sent – hyper lumpen-prolétarisés, à des pâtés de maisons en plein processus de gentrification.

Très vite, dans une espèce de no man’s land aux limites d’Anderlecht et de Bruxelles-Ville, on tombe en plein milieu de véritables chancres ; mais ces lieux délaissés devraient devenir bientôt un beau grand espace vert – cela grâce à un long travail d’expertise et d’opposition mené par quelques habitants.

Alors, d’un coup, on se retrouve au centre-ville et dans son Méga-Piétonnier, un truc un peu low-cost, fait un rien à la va-vite, sans beaucoup de concertations et avec une vision d’abord touristique et commerciale. Mais c’est le plus grand piétonnier d’Europe du Nord, alors… La Bourse et ses escaliers y seraient même bientôt privatisés ! L’historique Bourse se transformerait en un «Temple de la Bière». Il y a même un projet pour ériger une grosse gaufre belge au dessus du bâtiment !
Enfin, on passe avec un peu de soulagement par Ixelles, accueillante sous le soleil, mais qui subit quand même pas mal de travaux et de transformations, pour atteindre en bout de course le Quartier Européen (a-t-on vraiment besoin d’en parler ?)…

Au final, c’est littéralement à l’ombre des bâtiments imposants de la Communauté Européenne que les marcheurs rejoignent, sous les applaudissements du public, la Fête de la Nature qui se Défend, dans le Parc Léopold. Cette fête est née d’un boycott de la part de certains Bruxellois de la grande et officielle Fête de l’Environnement qui se tenait en même temps, à un kilomètre de là, au Parc du Cinquantenaire.

Bref, ce fut encore une fois une belle expérience. Et un très bel exemple de traversée physique, mentale, économique, sociologique et urbanistique d’une grande ville d’aujourd’hui.

Impressions Photographiques

Dernière ligne droite. D’Audi Forest au Quartier Européen : pénétrer lentement la capitale…

Audio

Entretien avec Saïd. Porte-parole de la Coordination des Sans-papiers de Belgique, créateur du Journal des Sans-Papiers et chroniqueur à Radio Panik… Ses impressions finales. «Au départ, je comptais faire les deux premières étapes, à Liège, au Centre Fermé de Vottem, autour des questions qui me préoccupent au quotidien, d’abord, comme représentant des luttes des sans-papiers. Et puis, j’ai continué, par intérêt et par envie. Et j’ai quasi parcouru l’ensemble des deux marches, presque 200 km. Parce que j’y ai rencontré d’autres gens et d’autres luttes, et y ai fait des connexions, construit des réseaux…»

 

« Si on reste chacun dans son coin, on ne va pas vraiment arriver à des résultats concrets, mais si on est ensemble, vraiment, on va empêcher beaucoup de choses — des lois, etc. Et c’est ça, le rôle des Acteurs des temps présents : c’est de rassembler ces efforts et ces idées-là, rassembler les gens et créer des réseaux et des réflexions, ensemble. »

Video

Impressions finales par Célestin. Il y fait un résumé subjectif de la Marche des Communs pour le public de la Fête de la Nature qui se Défend, au Parc Léopold, à Bruxelles, à l’ombre des bâtiments européens. «Ce que je retiens, c’est le fait d’avoir marché. D’avoir arpenté physiquement la terre, traverser des territoires et des enjeux qui sont devenus nôtres même si au quotidien on habite à Bruxelles…»

 

« Le fait de marcher sur un territoire avec les gens, il y a une autre rencontre qui se fait. Tu les connais différemment. La rencontre se fait vraiment différemment. Et puis, tu te rends compte que ça te concerne aussi : même si moi, je vis à Bruxelles, au fond de Saint-Josse, si je vois qu’il y a une autoroute [qui est construite quelque part], ça me concerne. Directement, ça ne me concerne pas, mais ça me touche. »

« Ce qui est intéressant, c’est de pouvoir découvrir son pays autrement, le fouler, le sentir par les pieds (…). Le parler change aussi, entre le Ch’ti et le parler wallon, on peut le sentir au fil de la marche. Moi, ça m’a fort touchée, j’ai l’impression d’avoir encore mieux senti mon pays, et ça me donne envie que, tous ces gens dont on n’entend pas souvent parler, ils aient une place, qu’on les écoute, qu’on les entende. »

 


Allez voir la page facebook des Acteurs des Temps Présents. Vous y trouverez une multitude d’informations relatant, sous différents formats  photographies, vidéos, notes… –, l’ensemble des étapes de ces deux marches, comme par exemple le témoignage de la juge de paix et photographe Fabienne Denoncin recueilli en marge de son exposition à la justice de paix de Châtelet : « Le juge de paix est là pour trouver des solutions, pour régler les conflits et pour pacifier les rapports quand il y a des conflits et des litiges importants. Ça m’amène à rencontrer des gens, à parler avec eux en profondeur de leur vie, où ils livrent toute leur intimité parfois, ils se dévoilent, ils se dénudent par rapport à ce qui leur arrive, et je ne peux pas laisser ça sans trace, sans témoignage. Ce n’est pas possible. En plus, on vit dans une société qui est tellement déshumanisante, on envisage les gens en masse, en chiffres, en pourcentages, et à chaque fois que je rencontre quelqu’un, derrière le pourcentage, il s’est passé [quelque chose]. »

 

Et si jamais nos comptes rendus de vagabondages vous ont donné envie de vadrouiller avec nous, sachez qu’une nouvelle marche se préparerait pour fin-août 2017… On vous tient bien sûr au courant.

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Raf Pirlot

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