On n’est jamais si bien servi que par soi-même…

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En 2001, un acteur amateur et dédié à la cause écrit une pièce de théâtre qu’il adaptera ensuite en un roman de 500 pages. Ni l’un ni l’autre ne trouvera preneur. Qu’à cela ne tienne : Tommy Wiseau prendra le taureau par les cornes et adaptera lui-même son histoire pour le grand écran en 2003. En 15 ans, « The Room » s’est hissé au sommet des nanars de tout premier choix, faisant de son créateur, réalisateur, producteur et acteur principal une figure-culte du cinéma indépendant, mais pas comme il l’avait espéré…

2018 est d’ores et déjà une bonne année pour Tommy Wiseau : outre les 15 ans de son film-culte, l’acteur multi-casquettes célèbre le Golden Globe de James Franco, meilleur acteur pour « The Disaster Artist » (il le rejoindra même sur scène pendant son discours). Dans ce biopic inspiré des mémoires publiées en 2013 par Greg Sestero, ami et nemesis de Tommy Wiseau, James Franco se glisse dans la peau de l’acteur à l’accent marqué et donne à voir une facette de l’homme que l’on a tendance à occulter : son humanité. C’est que l’on sait finalement peu du bonhomme : personne ne connaît son âge ni son lieu de naissance, et bien qu’il soutienne mordicus être originaire de la Nouvelle-Orléans, son accent tout ce qu’il y a de moins bayou ne trompe personne. On sait en revanche qu’il n’avait pas de problèmes d’argent au moment de tourner « The Room » puisqu’il a sorti les 6 millions de dollars nécessaires à sa production de sa poche (à moins que ce ne soit un peu plus, ou un peu moins : les chiffres divergent selon les sources).

Pourtant, l’ardoise aurait pu être moins salée si la folie des grandeurs de Tommy Wiseau ne l’avait pas poussé à des dépenses parfaitement inutiles : au lieu de louer du matériel de tournage comme tout producteur qui se respecte, il s’est offert rubis sur l’ongle la parfaite panoplie du cinéaste (caméras, objectifs, mixettes, moniteurs, etc.), poussant le vice – ou l’ambition, ou l’inconscience, allez savoir – jusqu’à filmer simultanément en 35mm et en numérique. Il aurait également pu faire des économies substantielles en tournant en décors naturels plutôt que de reconstituer intégralement en studio un appartement, des rues, le toit d’un immeuble… Autant de décors à portée de main dans le Los Angeles des années 2000, quand bien même l’intrigue se déroulerait à San Francisco.

Entendons-nous bien : si « The Room » avait été un film historique ou de science-fiction, une partie de ces dépenses aurait sans doute été justifiée, mais il s’agit ici d’un banal triangle amoureux. Sur sa page Wikipedia francophone, le film est résumé ainsi : « Johnny est très amoureux de sa fiancée Lisa, qu’il a l’intention d’épouser. Mais cette dernière ne l’aime plus vraiment et le trompe avec Mark, son meilleur ami. » Cette histoire vieille comme le monde aurait pu faire de « The Room » un mauvais téléfilm de plus. C’était sans compter le jeu d’acteur de Tommy Wiseau qui passe du lymphatique à l’excessif (et inversement) en une fraction de seconde. Pourquoi ? Parce qu’il peut le faire.

Et c’est exactement cette attitude over the top qui a hissé « The Room » au rang de film-culte. Morceaux choisis :

Tandis que son comparse Greg « Oh, hi Mark ! » Sestero a depuis longtemps compris qu’il fallait capitaliser sur l’aspect involontairement drôle du film, Tommy Wiseau semble toujours avoir du mal à comprendre que « The Room » ne soit pas davantage pris au sérieux, mais n’est-ce pas là aussi un rôle qu’il joue ? Et, bien qu’entre deux passages comiques-sans-le-faire-exprès, le film peut sembler long comme un jour sans pain, il vaut résolument le détour, car autant de bonne volonté mérite d’être saluée. C’est pourquoi il est à l’affiche de cette délocalisation liégeoise du festival Offscreen, et c’est gratuit !

Quand ? Le mercredi 14 mars 2018.

Où ? À l’Espace Inédit, dans la cour de la Brasserie Sauvenière, Place Xavier Neujean 12, 4000 Liège.

Le film commence à 20h30 (premiers arrivés, premiers assis) et sera présenté par la frétillante Caroline Poisson. Et si vous voulez vous taire, allez au cinéma !

http://www.offscreen-liege.be/

Bonus : des enfants réagissent à « The Room », et ça vaut de l’or !

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