C’est dimanche qu’on vote. Ou pour qui vos tétons ?

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Dans ma situation, c’est bizarrement paradoxale parce que j’ai beau me sentir engagée pour le droit des immigrés, contre l’exclusion sociale et les discriminations, je n’ai jamais été convaincue par la politique belge comme moyen d’atteindre une société plus en accord avec mes valeurs … Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de me dire que dimanche il faut que je fasse un choix « juste ».

J’ai pensé ne pas voter et je l’aurais fait sans hésiter si les votes blancs étaient comptabilisés, reflétant une volonté de la part des pouvoirs publics de prendre en compte le nombre de citoyens non-convaincus par ce que nous proposent les partis existants. Mais ce n’est pas demain la veille que ça arrivera! Ou si un mouvement généralisé s’était mis en place pour ne pas voter… tous ensemble ! Mais ce n’est pas le cas alors sans trop savoir pourquoi, je vais voter dimanche.

Bon, je me suis quand même rendue au café politique le mercredi 10/10 afin de mieux m’informer sur les programmes des différents partis à Como en casa. Super chouette petit resto d’ailleurs, quartier Hors Château. Les tenanciers nous ont tout de suite prévenus que les partis présents émergeaient d’une affinité politique personnelle et qu’on ne devait pas se demander pourquoi le MR n’était pas assis à la table. On comprend bien la « gauche », avec Socialiste, Vega, Ecolo et Cdh. Chaque parti, composé de deux candidats, ayant 12 minutes pour se présenter suivi d’une séance de question-réponses. Le Cdh a commencé sans bien comprendre quel était le public présent dans la salle parce que le mot d’ordre du premier candidat, Benjamin Bodson, était « sécurité ». Le parti le plus crédible selon moi était Ecolo, ils ont défini un programme clair avec des idées concrètes ! Mais aussi parce que les deux représentants étaient des vieux de la vieille si je puis dire, malgré leur jeune âge, par rapport aux autres candidats, des novis en politique, et ça se sentait. Le débat a majoritairement tourné autours de deux grands axes du parti Vega : les Transports en commun à 1euro/mois, proposition considérée par les autres partis comme de la démagogie, et les comités de quartiers élus. En gros ça a tourné autours de Vega. Les sujets traités ont été les logements, la mobilité, l’économie et les transports. Mais comme l’a fait remarqué une jeune fille avec laquelle j’ai discuté par la suite, on n’a pas parlé éducation ni culture, un petit peu les socialistes, surtout Sarah Jonet, avec son asbl Chic and Cheap « achète une œuvre d’art pour 2 euros ». La démocratie participative a été citée par Ecolo et Vega mais suscitait aussi beaucoup de questionnements de la part du public quand à sa mise en place et je ne pense pas qu’il ait trouvé réponse.

Après j’ai fait un tour avec mon super enregistreur pour mesurer la température de la salle, une chose est sûr, j’ai ressenti que la politique n’angoisse pas chez nous et ne crée pas de fervents engagés dans le cœur ni dans l’âme ! Personne n’avais vraiment l’air convaincu ni tracassé. J’ai questionné une dizaine de personnes, on ne parlait que Vega et Ecolo (morceaux choisi):

– « Je vote Vega pour faire chier, parce que je préfère défendre des petits partis avec des idées plus radicales »

– « Ecolo, certes vindicatifs, sont les plus pertinents » – « Je ne sais pas encore, je me pose beaucoup de questions, de toute manière j’ai du mal à faire confiance aux gens qui ont du pouvoir »

– « Ecolo et Vega proposent des trucs chouettes mais aucun parti n’a parlé éducation »

– « Moi je voudrais une coalition entre Vega et MR pour faire le parti Las Vegas »

– « Je vais voter pour Ecolo mais le café politique m’a juste aider à savoir que je voulais voter pour des jeunes, renouveler la masse politique est importante »

– « je vote pour Ecolo mais j’avais envie de voir les autres partis mais ce qui m’énerve c’est que les partis comme Vega et PTB jouent à qui va voler les électeurs de l’autre, la gauche radicale se divise »

– « je suis pas sûr que je vais voter parce que je ne crois pas en la démocratie participative »

Bon je ne suis pas tellement plus avancée… Dimanche, j’irai faire un tour près du squat du Passe-partout qui organise une journée concert anti-élection, et peut-être qu’aux prochaines élections je ne voterai pas 😉 Tu reçois une bière si tu rends ton bulletin électoral sans cachet. Je trouve le principe génial et bien satyrique de la politique belge, ça la réduit à pas grand-chose et je trouve qu’ils ont pas tellement tort !

Comme le dit très bien Serge Latouche, un des penseurs les plus connus de la décroissance, « Il n’y a pas de politique sans utopie » et je suis complètement d’accord avec lui, si on ne peut pas fantasmer ses envies de société alors on se contente de peu parce qu’on se contente de ce qui est mis en place, il faut pouvoir rêvé… Ceci dit, je reste persuadée que c’est par une participation citoyenne forte via le milieu associatif qu’on bouge actuellement les choses, en s’inscrivant dans des mouvements, en créant de manière positive une alternative à nos politiques endormies.

 

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Ludivine Faniel

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