Les ciseaux qui tuent

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L’austérité s’est installée en Espagne depuis plus de 3 ans. Le gouvernement Zapatero a commencé en réduisant de quelques milliards le « déficit » et Rajoy-aux-mains-d’argent- a continué la saignée jusqu’à l’incroyable chiffre de 143 milliards d’Euros « épargnés » – en quelques malheureuses années. Les aides sociales, l’éducation, la recherche scientifique, les emplois publics, la santé publique, les services publics… allez hop, on coupe! Reste une question : quels effets tout cela a-t-il sur la société espagnole?

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Ces derniers mois, on a vu se démultiplier les cas de morts dans des salles d’attente des hôpitaux et les suicides pour cause d’impossibilité de payer son prêt hypothécaire. De plus en plus de familles espagnoles doivent demander de la nourriture dans des centres d’aide sociale. L’émigration part à la hausse. Le taux de chômage a atteint le niveau le plus haut de l’histoire nationale. Le plan d’austérité imposé au pays pousse, sans nul doute possible, une grande partie de la population vers le naufrage. Tout se passe comme si les politiciens locaux ne voyaient pas ce qui se passe. Ne pigeaient pas que derrière ces coupes démesurées, il y a des vies. Nous allons vous raconter comment ça marche en détaillant quelques cas particuliers – vous verrez que ce n’est pourtant pas si difficile de comprendre, quand on veut…

Aides sociales : suppression de centres d’accueil pour immigrants ; réduction des aides aux personnes âgées et aux personnes handicapées ; réduction des prestations pour les familiers des personnes dépendantes ; suppression de l’aide économique de 400 euros aux chômeurs exclus.
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« Mariana a un enfant souffrant d’un handicap lourd et ses deux autres fils sont au chômage depuis 2 ans. Avec sa pension de moins de 600 euros, elle doit survenir aux besoins de ses deux fils, de leurs compagnes et d’un petit-fils. Puis elle doit faire face aux soins de son autre fils ».

« Luis est arrivé en Espagne, trop tard, la crise avait déjà frappé le pays. Sans travail et sans argent pour se payer le billet de retour vers l’Argentine, il doit dormir entre des cartons et mendier pour pouvoir manger. L’hiver a été dur, et une bronchite arrache sa poitrine à chaque quinte de toux, mais comme sa vie n’est pas vraiment en danger les services d’urgence ne peuvent pas le soigner »

Education : plus d’élèves par classe, moins de professeurs, fermeture de bibliothèques ; élimination de bourses pour apprendre des langues à l’étranger, pour l’achat de livres, pour l’hébergement ; conditions plus strictes pour l’obtention des bourses d’étude ; hausse du prix d’inscription à l’université et dans les garderies ; réduction de la bourse Erasmus ; moins de branches d’études au lycée.

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« Ana étudie pour devenir aide-soignante, cette année elle n’a pas pu payer l’inscription à l’université car seulement sa mère a du travail. Ce n’est pas sûr qu’elle reprendra l’année prochaine car elle n’a plus droit à la bourse d’étude »

« Mario, 15 ans, vaudrait étudier l’économie pour être comptable. Son lycée a éliminé la branche de sciences sociales et économiques donc il a été amené à faire des sciences pures malgré le fait qu’il n’apprécie pas vraiment ces matières. C’est d’autant plus dur car cette année il n’a pas de manuel scolaire »

Santé publique : fermeture de centres de santé, d’hôpitaux et de services d’urgence ; réduction de personnel ; réduction de l’aide à l’achat de médicaments.

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« Veronica est infirmière dans un grand hôpital madrilène. Hier pendant que le médecin, saturé de travail, essayait de sauver la vie d’un patient, Veronica a vu mourir Antonia, une vieille dame dans la salle d’attente. Une infirmière et un médecin pour tout un service d’urgence dans la capitale se révèlent bien peu.»

« Maria, 67 ans, a vu le prix de ses médocs augmenter ces derniers mois. Pour pouvoir acheter de la nourriture elle doit faire un choix : soit elle achète son médicament pour la tension, soit celui pour le cholestérol. Le cholestérol peut toujours attendre se dit-elle. Quelque semaines après, elle a une crise cardiaque après une obstruction artérielle due au cholestérol, malheureusement c’est samedi et les urgences sont fermées le week-end. L’ambulance arrive trop tard dans son petit village, perdu dans les montagnes… »

Services publics : réduction de l’horaire d’ouverture des transports en commun et hausse des prix ; réduction du nombre de jours de ramassage de poubelles ; fermeture des homes ; élimination de subventions aux syndicats.

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« Carlos travaille comme boulanger, depuis des années il prend le métro tous les jours pour se rendre sur son lieu de travail. Avant, il payait un peu plus d’un euro pour chaque trajet, aujourd’hui c’est un minimum de 2 euros par trajet, au total, un quart de son maigre salaire est destinée au transport. Demain, il devra chercher un autre moyen de transport, le métro ferme plus tôt que d’habitude »

« Roberto, placé dans un home depuis bientôt 5 ans, se trouve dans la rue après la fermeture de celui-ci. Sans famille, ni ressources économiques »

Recherches scientifique : réduction de 37% du budget total en 3 ans ; diminution des contrats de post-doctorat ; fermeture de certains centres de recherche, réduction du budget du CSIC (le FNRS espagnol).

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« Sandra fait de la recherche sur le dépistage du cancer de l’utérus. Son laboratoire est en train de mettre au point une méthode innovante et efficace pour le dépistage, cependant cette découverte ne verra jamais le jour, au moins en Espagne, son laboratoire est fermé. »

« Jesus vient de rendre sa thèse, son doctorat s’est très bien passé. Il attend l’acceptation de sa bourses de postdoc à l’étranger pour faire évoluer ses recherches. Pas de chance, il ne l’obtient pas, direct au chômage, sa carrière est tronquée avant d’avoir vraiment commencé »

Employés publics : licenciements à Correos – la Poste- ; élimination d’entreprises publiques ; réduction de salaire pour les fonctionnaires et la police ; privatisation de services de lutte contre les incendies et des hôpitaux.

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« Marta est professeur de musique dans un centre de jour, son mari au chômage prend soin de ses deux petites. Ils n’arrivent plus à s’en sortir avec son salaire, 200 euros de moins chaque mois, cela change tout. Son mari prépare les valises pour partir travailler en France »

« Depuis 20 ans Ricardo distribue les lettres à ses voisins. Il ne lui reste que 5 ans pour prendre sa retraite. Il n’arrivera jamais jusque-là : Correos le licencie et à 62 ans il se retrouve au chômage »

Ceci n’est qu’une fiction, les prénoms et les situations sont inventées de toute pièce, tout le reste est vrai. Ces histoires forment le quotidien des Espagnols, aujourd’hui. Enfin, très souvent, c’est même pire. Il suffit d’ouvrir les journaux ou d’en parler avec les gens du pays pour comprendre ce que signifie effectivement l’austérité.

Pendant ce temps-là, le gouvernement Rajoy maintient le cap, contre vents et marée de manifestants. Et peu importe qu’il soit éclaboussé par des scandales de corruption. La mascarade se poursuit, inlassablement.

Jusqu’au jour où nous trouverons le moyen de récupérer la dignité qui nous a été enlevée et là : #TroïkaGameOver!

 

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Marta Luceño Moreno

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