La mort : fin ultime ?

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La mort reste une fin pour le moins particulière – convenons-en. On a depuis toujours pensé qu’il devait bien y avoir quelque chose après, une autre forme de vie. Chaque culture, chaque tradition a son idée sur le sujet. Même l’Occident froid et désenchanté qui prétend ne plus croire aux mythes se refuse à penser que quand on trépasse, c’est pour l’éternité.

La mort, et après ? Qu’est-ce qui survit ? Et où survit-on ?

On entend souvent parler de « vie après la mort » ou de « renaissance », ou du fait que la mort n’est pas la fin et qu’il y a un « après ». Parce que l’idée d’un anéantissement absolu de l’être est insoutenable pour la majorité d’entre nous. Pour beaucoup, la vie ne se limiterait pas à celle vécue sur terre et la mort donnerait accès à une/des autre/s vie/s.

Cette notion de « passage » est très ancienne. Dans l’Antiquité romaine, « pour tous les hommes, la mort est le passage d’une frontière, d’un monde dans un autre monde, celui d’en bas. » On trouve dans l’Énéide de l’auteur latin Virgile (70 – 19 av. J.C.) une description de ces Enfers avec une géographie détaillée. Danielle Carlès, Docteur és Lettres, ajoute qu’ « il y a des lieux pour les «bienheureux», récompensés pour une vie exceptionnelle, et des lieux terribles où l’on punit les criminels (le Tartare). »

Si on n’est plus sur terre, on accède à un autre monde. Si on veut que celui-ci soit accueillant et rassurant, il faut avoir mené une bonne vie. Sinon on atterrira dans un lieu empreint de noirceur et de terreur – le genre d’endroit où personne ne veut finir.

Ce dualisme est inscrit dans les croyances des grandes religions monothéistes. On a ainsi l’Enfer et le Paradis chez les Chrétiens, mais aussi chez les Musulmans.

Si le mort accède à un autre monde, il n’est pas censé revenir sur terre. Le Livre des superstitions rappelle que les « rites entourant traditionnellement la mort se motivaient par deux soucis : faciliter l’envolée de l’âme et empêcher le défunt de revenir hanter les vivants ». En Occident, selon ces traditions principalement héritées de l’époque médiévale, les hommes effectuaient des rituels pour prévenir tout retour indésirable : ôter les verrous des portes, enlever les oreillers ou matelas en plumes d’oiseaux, ou encore coudre ensemble les chaussettes et nouer les doigts.

Aujourd’hui encore, dans la série « on ne sait jamais ce qu’il peut se passer », des villageois roumains poignardent leurs morts dans le coeur, pour éviter qu’ils se transforment en vampires. « […] tous les morts d’Amărăşti sont piqués «préventivement» dans le cœur ou le ventre avec des pieux durcis au feu, pour qu’ils «ne sortent pas de leurs tombes» ».

« Selon d’autres traditions, une fois la frontière de la mort franchie, le voyage peut continuer avec un retour de l’âme vers une autre vie. Ainsi vie et mort s’inscrivent dans un cycle de vie perpétuel. » (Danielle Carlès) Cela correspond à la métempsychose. L’âme — immortelle — passe de corps en corps (humain, animal ou végétal), en oubliant sa vie antérieure. L’âme de Michael Jackson pourrait dès lors très bien animer le corps du nouveau-né de son voisin… Qui sait ?

Mais aujourd’hui, pour les Occidentaux, la chose semble plutôt simple : « un être vivant est soit totalement vivant, soit totalement mort » (Magali Molinié, Soigner les morts pour guérir les vivants). Par définition, l’être c’est la vie, et le non-être, la mort.

La cryogénisation, ou comment être mort, en espérant ne pas l’être pour toujours

Tarek est étudiant en physique à l’Université de Liège : « N’étant pas croyant, je pense que la mort ressemble à un grand trou noir ou rien ne subsiste, même pas la pensée ou la conscience d’exister. Malheureusement, je ne vois pas d’autre alternative pour prolonger sa vie que la cryogénisation. Un rêve vieux comme le monde, plein de promesses qui se réaliseraient enfin. »

L’idée novatrice et toujours controversée de la cryogénisation apparaît comme une nouvelle promesse de résurrection pour ceux qui ne croient plus en rien – ou pour ceux qui ne croient plus qu’en la science.

Erik B. est membre du Cryonics Institute, Michigan, et s’occupe bénévolement du site cryonicsbelgium.com. « Pour le moment, la seule option est de s’inscrire à un centre de cryogénisation aux Etats-Unis ou en Russie. Après être devenu membre, il faut obtenir des fonds : paiement direct ou via une assurance-vie. Le mieux est de se mettre d’accord avec une entreprise de pompes funèbres locale pour assurer le transport après la mort. »

Erik B. sera lui-même cryogénisé après sa mort. « J’adore la vie et je préfèrerais qu’elle ne se termine pas. La cryonie est une potentielle seconde chance de vivre. Si ça marche, je pourrais revivre dans le futur ! »

Selon les derniers chiffres, huit Belges sont membres du Cryonics Institute. Aucun pour le moment n’a encore été cryogénisé, sur la centaine de corps conservés aux Etats-Unis. Les corps morts (ce n’est pas encore légal de le faire de son vivant), congelés à -197°C, placés dans un cryostat, attendent que la science fasse les progrès nécessaires pour pouvoir les réanimer. Aucune garantie quant à l’issue, juste l’espoir de revenir un jour… en pleine forme.

Pour le centre Alcor Life Extension Foundation, en Californie, comptez 200 000 $ de fonds minimum pour le corps entier. Appelée « neuro » suspension, la conservation de la tête uniquement, cette pratique coûte moins cher : seulement 80 000 $ ! En étant préparé à la possibilité d’être réanimé dans un corps différent…

Les expériences de mort imminente : une réponse scientifique ?

Pour les sceptiques, l’équation est simple : nous ne savons rien de la mort. Si on en revient, c’est qu’on n’était pas mort ; si on n’en revient pas, c’est qu’on est mort. Pourtant, près de douze millions de personnes dans le monde affirment avoir été mortes et être revenues. Ces expériences —dites de « mort imminente »— remettent en question le moment absolu de la mort.

Le Dr Jean-Jacques Charbonnier, médecin anesthésiste-réanimateur à Toulouse, tente de faire reconnaître ces faits au sein de la communauté scientifique. « Je m’occupe depuis près de vingt ans de personnes en état de mort imminente ; des comateux qui, plongés dans les limbes d’une dimension inconnue, parviennent parfois à revenir à la vie après avoir traversé une expérience bouleversante. » 1 Un des « expérienceurs » les plus connus est Jean Morzelle. Il a écrit plusieurs livres dont « Tout commence après… » Impression de voir à 360°, sentiment de bien-être, sensations extraordinaires : tout cela alors qu’il était allongé dans le coma, après avoir été blessé par balle. « Une entité, mais c’était moi, j’étais en haut, au-dessus de la pièce » 2. L’existence d’une frontière nette entre vie et mort n’est pas aussi évidente que ça.

« Et toi ? Tu feras quoi quand tu seras mort ? »

« C’est donc une période de novations profondes que nous vivons où se côtoient les données de la science (neuro-physiologie, bio-médecine, psychologie et psychanalyse) et nos fantasme archaïques les plus fous qui refont surface. » (Louis-Vincent Thomas).

Dans les années 1970, des sociologues mettent en évidence le nouveau tabou lié à la mort : mélange de fuite et de négativité. On la nie, on refuse d’en parler, parce qu’elle signifierait la destruction totale de notre personne : « un corps sans vie ».

Penser notre mort et son « après » n’a finalement pas de limite. A chaque degré de confiance dans la vie, correspond un degré de confiance dans la mort. L’homme remet constamment en question ses croyances en rapport avec l’évolution des progrès scientifiques. Les anciennes traditions rejoignent les nouvelles, la philosophie repense le tout, et la médecine apporte de nouvelles pistes.

La sécularisation de la mort a aussi transformé son statut : elle n’est plus le seul domaine de la religion. Le corps mort est même un objet. Objet scientifique pour la recherche, source de revenus dans le commerce funéraire. La planification de notre mort devient un questionnaire à choix multiple : option crémation ou enterrement, option don d’organes ou don de son corps pour la science, mise en terre de ses cendres ou dépôt dans une urne sur la cheminée du salon …

En fait, ce qui mettrait peut-être tout le monde d’accord serait de convenir que tant qu’on se souvient de nous après notre mort, toujours là, quelque part…

 

Hélène Molinari

 

Notes:

  1. http://www.inrees.com/soutien/CHARBONIER-Jean-Jacques/
  2. http://www.dailymotion.com/video/x563it_jean-morzelle-temoignage-nde-emi_news
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Bourlingueuse du dimanche, exploratrice du quotidien, Wallifornienne à Paris.

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