Rythme et mouvement

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En l’espace de quelques jours, ils l’ont fait : sortir des sentiers battus et envisager une relation intime avec la matière musicale ! Du vendredi 25 au dimanche 27 octobre, ils étaient plus d’une vingtaine à avoir suivi l’atelier de Dominique Duszynski et Michel Debrulle, organisé lors du 11e festival Voix de femmes à Liège. Un seul mot d’ordre en ces lieux : « Écoutez votre corps et laissez-vous aller ! »

Après trois jours de travail intense, c’était bel et bien un sentiment de plénitude qu’affichaient les participants exécutant les mêmes enchaînements avec toujours autant de vigueur. À travers l’œuvre envoutante de Stravinsky, « Le sacre du printemps », leurs mouvements semblaient comme venus d’ailleurs, telles des marionnettes désarticulées.

Une équipe soigneusement constituée

Dominique Duszynski, personnalité aujourd’hui incontournable du festival Voix de femmes, a décidé de faire équipe cette année avec son collègue à la P.A.R.T.S, mais aussi complice artistique, Michel Debrulle. Il s’agissait de leur deuxième atelier « rythme et mouvement » après le succès rencontré au Collectif du lion en avril dernier. Un duo qui marche en raison d’une grande complémentarité. En effet, cet atelier est un mélange intelligent des spécialités de chacun : on y retrouve l’univers de la danse contemporaine via Dominique Duszynski et une approche particulière du rythme sans instrument (par la voix, les marches, leclapping…) propre à Michel Debrulle.

En ce qui concerne la participation, nos deux professeurs avaient choisi de viser un public déjà avisé. Pour eux, il était important de constituer un groupe qui avait un minimum d’expérience de la pratique corporelle et qui plus est, qui manifestaient déjà une certaine affinité avec la rythmique, sans quoi l’atelier n’aurait peut-être pas pu être apprécié à sa juste valeur. Michel Debrulle se confie :

« C’est une approche particulière de la pratique corporelle que nous faisons. Pour quelqu’un de non avisé, il n’est pas garanti qu’il y adhèrera vraiment. Or nous ne voulions pas prendre le risque d’accepter quelqu’un qui aurait été susceptible d’abandonner le groupe. C’est très important pour nous que chacun des membres soient là les trois jours. Nous y avons mis un point d’honneur et ne le regrettons pas car nous avons eu cette année un groupe très performant avec qui nous avons eu beaucoup de plaisir ».

Plus qu’une histoire de performance

L’objectif de l’atelier n’était pas de préparer les participants à une quelconque représentation finale mais bien de les former au rythme et au mouvement. Un apprentissage qui demande du temps et beaucoup de concentration mais dont le résultat final peut amener les participants à un état de bien-être indéfinissable.

En début de cours, alors que seul le son de la voix de Dominique Duszynski résonne dans la salle, les participants sont invités à laisser leur corps vaguer au rythme de leur inconscient. Tels de grands enfants, ils se trémoussent créant une atmosphère étrange et pourtant, incroyablement naturelle. C’est bluffant. Comme si le simple fait d’être là, libre d’abandonner leur corps à des mouvements aléatoires, pouvait les protéger, l’espace d’un instant, contre toutes formes d’oppression du monde extérieur.

Plus tard, lorsque l’œuvre de Stravinsky retentit, les participants doivent alors trouver un juste équilibre entre leurs mouvements désordonnés et l’harmonie d’une chorégraphie en groupe. Leurs pas secs et bruyants, accompagnent majestueusement « Le Sacre du printemps » lui conférant un air tribal hors du commun. Chacun des membres de l’équipe semble parcouru par une force intérieure qui semble procurer à l’ensemble du groupe une énergie prodigieuse.

La prouesse des participants est bien sûr remarquable mais il faut bien être conscient que derrière tout cela, se cachent aussi des années de travail pour Dominique Duszynski et Michel Debrulle, deux personnes qui se sont longuement interrogés et ont expérimenté sans relâche l’art de la cadence et de la mesure. Selon eux, il s’agit là d’une piste qui n’a pas encore été entièrement exploitée et qui s’exprime encore trop timidement à Liège. Espérons que cet atelier encouragera les Liégeois à s’y intéresser avec le sérieux qu’il mérite.

 

Texte et photo : Amélie DELOBBE

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