Le Lion vit toujours. De musique, d’amour et d’eau fraîche.

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« 25 ans d’amour et d’eau fraîche », c’est par cette phrase, représentative de leur 25e bougie, que Michel Debrulle, musicien membre de Trio Grande, définit le Collectif du Lion. Une phrase qui évoque la durée du groupement d’artistes, mais aussi son envie de créer, sans trop se soucier du lendemain, sans trop spéculer, renvoyant à l’époque faste de son origine.

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À la fin des années 1970, début des années 1980, a lieu une convergence de plusieurs facteurs. Le compositeur Henri Pousseur permet au Conservatoire de Liège un décloisonnement des genres et ouvre l’institution à de nouvelles expériences musicales, dont des séminaires de jazz ou de musique électronique. Par ailleurs, les classes d’improvisations voient le jour et le joueur de trombone Américain Garret List devient le professeur attitré de la classe d’improvisation. « C’est une époque où la situation économique et culturelle permet une certaine ouverture, la naissance de projets en tous genres », évoque Michel Debrulle. Parallèlement, et dans la même atmosphère, se crée le Cirque Divers, où le musicien, alors étudiant au Conservatoire, va travailler comme barman. Une opportunité se présente pour le jeune homme quand le Cirque Divers veut reprendre un club de jazz voisin : le Lion S’Envoile. « Les responsables du Cirque Divers dont Michel Antaki sont venus me voir pour me proposer la direction artistique du club, avec d’autres collègues dont Daniel Latour », se souvient Michel Debrulle. Le Lion S’Envoile connaît un franc succès, d’autant que Liège est un lieu de passage privilégié pour de nombreux artistes internationaux. « Certaines nuits, vers 4 heures du matin, on parlait plus anglais que français. » Pourtant, si des endroits comme le Lion S’Envoile, duquel le Collectif tire son nom, ou le Cirque Divers, participent à l’établissement d’une certaine culture se prolongeant jusqu’à aujourd’hui, une « mixité de terrain » comme l’appelle Michel Debrulle, il ne s’agit pas vraiment de contre culture, du moins musicalement : « C’est un prolongement de la folie des années 1970, la succession du free jazz. On vient du third stream (genre musical synthétisant musique classique et jazz, où l’improvisation est centrale). Disons que nous rompons un peu avec le style américain : j’ai entre autre participé à l’Europa Jazz Festival en France. »

Depuis ses débuts, le collectif du Lion s’est enrichi en travaillant avec de jeunes musiciens (allant même jusqu’à mettre en place un groupe d’enfants de 8 à 12 ans) et s’est diversifié en se produisant régulièrement, à titre d’exemple, dans les espaces publics. Ce fut d’ailleurs le cas pour le spectacle de rue « Sous les pavés », qui faisait part belle à la danse contemporaine. Cependant, cet élargissement des cadres et des publics reste compatible avec une haute exigence de technicité instrumentale comme le signale Michel Debrulle : « Nous ne voulons pas d’un nombrilisme de laboratoire : le but est de jouer pour le plus plus grand nombre, se diriger vers de nouveaux publics. » Malgré la disparition du Lion S’Envoile comme du Cirque Divers, l’esprit de ces années folles perdure dans le monde associatif liégeois, avec notamment l’ASBL D’une Certaine Gaieté, même si pour Michel Debrulle et son collectif, tout n’est plus aussi facile : « C’est la seconde signification, ironique, de vivre d’amour et d’eau fraîche. Ça ne peut pas toujours être le cas, quand il faut par exemple être subventionné, rentrer de nombreux dossiers dont la forme importe parfois plus que le fond », explique le percussionniste. Pour ce dernier, la longévité du Collectif est un signe positif du besoin d’art, non formaté, comme il l’évoquait il y a quelques jours sur les ondes de 48FM : « Si l’art perdure dans la société, c’est qu’on a envie de continuer à rêver, imaginer des choses, partager. C’est la fonction de l’artiste ».

Le Collectif du Lion se produira ce jeudi 18 septembre, à 20h30, au Blues-sphere dans le cadre des fêtes de Wallifornie, organisées par l’ASBL D’une Certaine Gaieté.

Luca Piddiu

 

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