Médecin iconoclaste

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Ce 1er février, j’entrais dans ma huitième année sans pilule contraceptive. Il faut dire que quinze ans de gobage d’hormones au quotidien avaient eu raison de mon sommeil (coucou les insomnies !) et de ma peau (coucou l’acné de trentenaire !) et que ça commençait à bien faire !

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Entre temps, je suis passée au dispositif intra-utérin (D.I.U.), appelé à tort « stérilet » puisqu’il ne stérilise rien du tout, et je suis ravie de ma contraception. A priori, tout le monde s’en fout (et jusque là, je ne vous contredirai pas), si ce n’est que ce qui m’a confortée dans le choix de ma contraception est la lecture du webzine de Martin Winckler. Et il se trouve qu’il inaugurait précisément l’Université d’Hiver « Femmes et Santé » organisée par le FERULg devant un auditoire malheureusement clairsemé le 27 janvier dernier.

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, Martin Winckler (Marc Zaffran de son vrai nom) est écrivain, lauréat en 1998 du Prix du livre Inter pour son remarquable roman « La Maladie de Sachs » porté à l’écran l’année suivante par Michel Deville. Il est aussi médecin généraliste. Son parcours professionnel l’a amené à se spécialiser dans les soins gynécologiques (sans pour autant être gynécologue) et à la publication d’articles sur le sujet. Il se consacre désormais entièrement à l’écriture. D’ailleurs, son remarquable webzine est une mine d’informations sensées et pertinentes pour qui voudrait se renseigner sur la contraception et la gynécologie.

Donc, en ce mardi soir d’hiver, je le découvre exactement comme je l’imagine : humble, souriant et débonnaire. Traité d’emmerdeur par bon nombre de ses confrères parce qu’il remet en question les us et coutumes professionnels de la médecine, à commencer par la formation des futurs médecins, il a fini par quitter la « douce France » et ses praticiens rétrogrades pour le Québec.

C’est qu’ils sont nombreux, les médecins qui prennent leurs patients, et à plus forte raison leurs patientes, pour des irresponsables, notamment sur les questions gynécologiques.

Que celle qui ne s’est jamais sentie infantilisée par un/e gynéco me jette la première pierre. Je ne vais d’ailleurs pas vous donner d’exemples : un bref sondage au sein votre entourage féminin vous en donnera sans doute suffisamment pour remplir une encyclopédie entière.

Et Martin Winckler de remettre l’église au milieu du village (encore que l’église n’aie rien à voir là-dedans, vous en conviendrez) : le soin est un processus qui met face à face deux personnes égales, et il se plait à rappeler aux médecins qu’ils ne l’ont pas toujours été.

Selon lui, la pratique passe avant tout par l’écoute et l’empathie, car on apprend la vie en écoutant les gens raconter des histoires et en les considérant comme des individus responsables. Responsables de leur vie, responsables de leur choix, et notamment celui d’une contraception adaptée.

À ce sujet, je me permets de vous conseiller, si votre médecin vous refuse la pose d’un D.I.U. sous prétexte que vous n’avez pas eu d’enfant/s, d’aller voir ailleurs, car il existe aujourd’hui des modèles parfaitement adaptés à la morphologie des nullipares. Et je suis la preuve vivante que l’on peut se faire poser un D.I.U. sans danger ni problème, même sans avoir « pondu ». J’en veux d’ailleurs beaucoup à cette gynécologue (française) qui m’avait refusé la pose d’un D.I.U. en 2001 sous prétexte, je cite, que je « tolérais très bien ma pilule » (l’avenir me prouvera que non – et le pire, c’est que je l’ai crue !).

N’hésitez donc pas à demander un deuxième avis si vous ne vous sentez pas totalement en confiance avec votre médecin, car c’est à vous de choisir la contraception qui vous convient ! Hélas, il reste des soignants peu ou mal informés sur le sujet qui préfèrent, sans doute par confort, rédiger des ordonnances plutôt que d’effectuer des actes médicaux, même banals.

Comme l’a rappelé Martin Winckler au cours de sa très belle intervention du 27 janvier, une personne qui n’est pas professionnelle du soin a le droit d’avoir un avis sur la question puisqu’elle est la première concernée, et qu’elle est la seule à savoir ce qui lui convient.

La Salle académique de l’ULg aurait pu, aurait être pleine à craquer. Au lieu de cela, elle était à moitié vide (ou à moitié pleine, c’est selon). Je lui ai présenté des excuses à l’issue de sa conférence parce que je me suis sentie profondément désolée que sa venue pour cette soirée unique n’ait pas fait l’objet d’une promotion plus conséquente. J’ignore si les professionnel/les et étudiant/es des secteurs médicaux et paramédicaux étaient au courant, mais ils/elles avaient tout à fait leur place au sein de cet auditoire… et leurs (futur/es) patient/es en auraient certainement tiré des bénéfices.

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Mademoiselle Catherine

Saltimbanque polyvalente, spécialiste de rien, tricoteuse compulsive.

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