Comme dans les tableaux de Jean-Jacques Rousseau

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j-j_rousseau_2015Quelle légitimité peut bien avoir une personne qui parle d’un cinéaste sans avoir vu un seul de ses films ? Si votre réponse est « aucune », passez votre chemin parce que je vais vous parler de Jean-Jacques Rousseau dont je vais découvrir pour la première fois une sélection de travaux le 22 mars prochain dans le cadre de la délocalisation liégeoise du Festival Offscreen au Cercle du Laveu.
Et je ne vous cache pas que j’ai un petit peu peur.

 

Si son nom m’est familier, et pas seulement depuis sa mort tragique en novembre dernier (il a été fauché par une voiture sur la terrasse d’un café à Courcelles), les films de l’autoproclamé « cinéaste de l’absurde » me sont totalement inconnus alors que j’ai eu maintes occasions d’en voir. Et pour cause : il était prolifique, le Jean-Jacques, avec sa quarantaine de films réalisés entre 1964 et 2013. Mieux que les frères Dardenne et pourtant moins onéreux pour la communauté puisque le cinéaste carolo se contentait de 2000 à 2500 € par film. Un esprit punk et underground qui transparaît jusque dans ses apparitions publiques dans la mesure où il avait pour habitude de se présenter vêtu de sa légendaire cagoule.

Féru de savants fous et autres malédictions, le cinéaste de l’absurde, plutôt que de suivre la voie d’un certain cinéma belge – social-réaliste –, a exploré le cinéma « de genre » comme seule une fraîcheur (voire une inconscience) adolescente peut le permettre : sans le sou et cependant avec beaucoup de cœur et d’intégrité. Et bien que profondément respectueuse, sinon admirative, de sa démarche créatrice, je n’en appréhende pas moins la projection à venir. La peur de me sentir gênée pour lui et son équipe, d’être prise d’un fou rire nerveux alors que je sais à quel point il est difficile de finaliser un film, même court, ou de ressortir de là avec une conjonctivite aiguë aura-t-elle raison de ma curiosité pourtant sincère ? J’en doute. Car à défaut d’avoir des fonds, il avait des couilles, Jean-Jacques Rousseau, pour continuer de réaliser film après film avec les moyens du bord. Des films déstructurés, peut-être incohérents, aux choix esthétiques très certainement douteux qui ont fait de leur réalisateur un éternel exclu du cinéma conventionnel. Un iconoclaste. Un pirate !

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Cinéma de bouts de ficelles filmé en dilettante, l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau s’auréole d’un parfum de scandale. Il se murmure en effet que des armes chargées traînaient nonchalamment et sans aucune mesure de sécurité sur les plateaux et que les blessés étaient légion sur les tournages de cet homme à tout faire (réalisateur, auteur, cadreur, monteur et même projectionniste de ses films), autodidacte qui n’hésitait pas à sortir les gens au rire trop bruyant au cours de ses projections.

Il est pourtant difficile de savoir dans quelle mesure il prenait réellement son cinéma au sérieux. Ou si, fondamentalement, ce sont les gens qu’il prenait pour des cons.

Peut-être un peu des deux…

 

Hommage à Jean-Jacques Rousseau

Dimanche 22 mars 2015 à 20h30 au Cercle du Laveu (rue des Wallons 45, 4000 Liège)

« Les compagnons de justice » (1974, 22′)
« Catalepsie » (1976, 9′)
« Furor Teutonicus » (1999, 26′)
« Irkutz 88 » (2004, 20′)
« L’Œil du Cyclone : La Belge Histoire », reportage de Vincent Hachet (1997, 20′)
P.A.F. 2 €

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Mademoiselle Catherine

Saltimbanque polyvalente, spécialiste de rien, tricoteuse compulsive.

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