Détroit fait son cinéma

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Pour toutes celles et ceux qui se demandent avec instance comment on vit dans une ville qui n’intéresse presque plus aucun investisseur, Detroit a acquis le statut de mythe. Un mythe apocalyptique mais pas seulement : c’est aussi dans les ruines de Motortown que des producteurs de musique électronique ont conçu la House Music. Cet antre de la désindustrialisation nous fascine trop pour résister au désir de vous en parler. Voici le premier épisode d’une série de post, il est consacré à cette cité fantôme en tant que décors de cinéma.

Que ce soit pour filmer son quotidien ou sublimer son architecture, les cinéastes ont toujours été séduits par la Motor City et sa banlieue élargie.

Depuis que le visionnaire Paul Verhoeven a anticipé la faillite de Détroit dans le désormais classique « RoboCop » (tourné à… Dallas !), ce parfait décor de dystopie exerce plus que jamais son pouvoir de fascination, entre friches industrielles et bâtiments en déréliction. Archétype de la ville désindustrialisée, ses ruines attirent autant qu’elles interrogent, se transformant parfois en personnage à part entière le temps d’un film.

Le cinéma offre aujourd’hui à la ville déchue une occasion de relancer son économie, du moins en partie, et ça, les pouvoirs publics l’ont bien compris.

Tour d’horizon parfaitement arbitraire en dix films…

 

BIRD ON A WIRE, de John Badham (1990)

15 ans après la disparition subite de son fiancé (Mel Gibson), Marianne (Goldie Hawn) le retrouve par hasard dans une station service à Détroit : il a des gangsters aux fesses et ne tardera pas à y prendre du plomb en sus…

Comédie mi-romantique, mi-action, « Bird on a Wire » fleure bon le début des nineties.

 

THE CROW, d’Alex Proyas (1994)

À l’annonce d’un futur remake, un retour sur l’adaptation de la bande dessinée du même nom s’impose : devenu culte pour toute une génération, « The Crow » conte l’histoire d’Eric, revenu d’entre les morts pour venger le meurtre sauvage de sa fiancée.

Malgré une promotion confidentielle, le film fera tristement parler de lui suite au décès accidentel pendant le tournage de son acteur principal, Brandon Lee. Le public poussé dans les salles obscures par curiosité malsaine en ressortira cependant séduit par le charme vénéneux et l’imagerie gothique de ce thriller fantastique.

 

8 MILE, de Curtis Hanson (2002)

D’aucuns n’auraient pas misé un kopeck sur les premiers pas dans le septième art de Marshall « Eminem » Mathers, et pourtant : pour ses débuts sur le grand écran, le rappeur se met d’autant plus facilement dans la peau de son personnage qu’il lui ressemble étrangement.

Le film emprunte son nom à la route qui sépare les banlieues noires des banlieues blanches au nord de Détroit.

 

DREAMGIRLS, de Bill Condon (2006)

Reconstituant librement l’histoire de la Motown (rebaptisée Rainbow) et des Supremes (appelées ici Dreamettes) entre 1962 et 1975, ce drame musical a pour vedettes Beyoncé Knowles et Jennifer Hudson, dont les premiers pas au cinéma furent largement acclamés. Adaptation fidèle et de la comédie musicale de Broadway du même nom, « Dreamgirls » parle de grandeur, de décadence et de rêve américain avant que la chute de l’industrie ne laisse Détroit avec une fameuse gueule de bois…

 

HIGH TECH SOUL – THE CREATION OF TECHNO MUSIC, de Gary Bredow (2006)

Ce documentaire revient sur la genèse de la techno de Détroit à travers le prisme historique, du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale à la création de la scène underground en passant par les émeutes raciales de 1967 et la chute de l’industrie automobile. Des entretiens avec les pionniers de la techno (Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson) et leurs héritiers sont ainsi entrecoupés d’interventions judicieuses de Jerry Herron, directeur du programme d’études américaines de la Wayne State University (Detroit).

 

GRAN TORINO, de Clint Eastwood (2008)

Premier film mainstream à mettre en évidence la communauté Hmong américaine, « Gran Torino » met en scène Clint Eastwood en vétéran de la guerre de Corée récemment endeuillé par la mort de sa femme. Quand, sous la pression d’un gang local, son jeune voisin tente de voler sa Ford Gran Torino, une étrange relation se crée entre le vieil homme aigri et la communauté qui l’entoure.

 

DETROPIA, de Heidi Ewing et Rachel Grady (2012)

Après s’être distinguées avec leur documentaire « Jesus Camp » en 2006, les réalisatrices portent ici un regard bienveillant sur la ville en déclin. Sans aucune intervention de leur part, elles laissent la parole à ses habitants, incorporant de brefs textes explicatifs, ainsi que des extraits de concerts du Detroit Opera House.

Documentaire à la forme singulière, « Detropia » n’a pas pour prétention d’offrir des solutions, mais de remettre l’humain au cœur de sa ville et du débat politique et social.

 

ONLY LOVERS LEFT ALIVE, de Jim Jarmusch (2013)

Amants vampires depuis des lustres séparés par plusieurs milliers de kilomètres, le musicien Adam vit à l’abri des regards dans une vieille bâtisse à Détroit, tandis que son épouse, Eve, dévore des livres dans la douceur des nuits de Tanger. Quand elle apprend que son amoureux est au bord du suicide, elle le rejoint à l’autre bout du monde…

Jim Jarmusch propose ici une relecture originale et éminemment pragmatique du mythe des vampires.

 

LOST RIVER, de Ryan Gosling (2014)

Pour sa première réalisation, Ryan Gosling n’y est pas allé avec le dos de la cuiller : envoûtante à plus d’un titre, sa rivière perdue fait son lit dans les ruines de la cité-moteur agonisante. Galerie de portraits singulière mangée par cette ville qui l’enveloppe, « Lost River » avait plutôt désagréablement surpris le microcosme cannois en 2014 avant de finalement trouver son public : les amateurs d’ambiances sombres et de trips visuels, au croisement des cinémas de Derek Cianfrance, Nicolas Winding Refn et David Lynch.

 

IT FOLLOWS, de David Robert Mitchell (2014)

Contaminée par une étrange maladie sexuellement transmissible, Jay est suivie par des personnages inquiétants…

Succès-surprise – tant public que critique – de ce début d’année 2015, « It Follows » propose un retour salutaire à l’horreur psychologique sans débauche d’images à vous faire baigner les dents du fond ni jump scares à outrances.

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Mademoiselle Catherine

Saltimbanque polyvalente, spécialiste de rien, tricoteuse compulsive.

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