Solutions COPs 21.

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En matière de créativité, EDF, Engie, Areva et compagnie sont à la pointe lorsqu’il s’agit de se faire passer pour des défenseurs du climat. Encore mieux, ils ont la solution pour lutter contre le réchauffement climatique ! Profitant d’être à Paris, c’est avec enthousiasme (et ironie) que je me rends à l’ouverture de l’exposition « Solutions COP21 » au Grand Palais.

Dans mes mails reçus la veille, un communiqué de presse m’invite à y être pour midi si je veux pouvoir suivre le Toxic tour dénonçant les fausses solutions présentées à l’expo.

Arrivée à 11h45, la file est déjà interminable. Je tente – sait-on jamais – de passer par l’entrée réservée à la presse.

– Vous avez une carte de presse ?
– Oui oui, voici.

L’homme de la sécurité la prend et la tend à son collègue.

– Tu crois que ça passe avec ça ? Y’a écrit stagiaire.
– Oui, alors, en fait c’est une carte belge, mais je vous assure que je ne suis plus stagiaire depuis un moment…

L’entrée m’est refusée, la carte de presse ne suffit pas. Il aurait fallu que je demande une accréditation. Je retourne me mettre dans la file.

Il fait beau et presque chaud pour un 4 décembre (putain de réchauffement climatique). L’heure tourne et nous n’avons pas avancé d’un centimètre. Pour assister à l’action « Fausses solutions 21 », c’est raté. Je suivrai ça sur les internets comme tout le monde. Je tiens quand même à voir l’expo pour ne pas être venue pour rien. Je reste.

Lorsque nous commençons enfin à bouger, un peu après 13h, je reconnais devant moi le monsieur au bonnet et à la barbe poivre et sel qui avait été sévèrement amoché par les flics lors de la manifestation du 29 novembre place de la République. Il marche avec des béquilles, heureusement rien n’est cassé.


(Vous pouvez le voir à terre à 18’02)

Le type est hyper sympa et parle avec un accent toulousain. On discute climat, répression, état d’urgence. Le quotidien d’un militant écolo en somme.

Nous avons presque atteint le premier point de contrôle où gendarmes mobiles et sécurité privée se serrent les coudes pour gérer les entrées. Un jeune homme a eu le malheur de porter une chemise à carreau. Attrapé par un gendarme il est refoulé sans la moindre explication. Merde, me dis-je, j’savais pas qu’il y avait un dresscode… Je vérifie sur l’affiche, je ne m’étais pas trompée : « entrée libre ». Visiblement pas pour tous. Un peu plus loin sur le trottoir, les autres refoulés sont placés derrière une rangée de gendarmes. Des mecs avec des cheveux longs, un type en fauteuil roulant… avec des cheveux longs, une femme… aux cheveux longs. Ouf! J’ai les cheveux attachés et cours et je n’ai pas mis de chemise à carreau. J’ai peut-être une chance.

Non. Pas de chance. Deux personnes portées par des gendarmes se font jeter dehors. L’un porte un costume marron en velours côtelé. Les techniques de profilage ne sont manifestement pas au point. Il fait sûrement partie de ces gens qui ont osé parler fort et même crier dans le musée pour dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec EDF, Engie et compagnie. Des sauvages !

Quatre camionnettes de CRS déboulent et viennent se garer devant l’entrée du Grand Palais. Les gens dans la queue attendent toujours de pouvoir rentrer. Seuls ceux à l’avant, comme moi, collée à la barrière, savent que les accès ont tous été fermés.

Je demande à la sécurité :

– Vous savez ce qui se passe ? Pourquoi vous avez fermé les accès ?
– On en sait rien, on ne peut rien dire.
– Donc vous savez et vous ne voulez pas nous dire ? Ou vous ne savez pas ?
– On ne sait rien, on ne peut rien dire.

Et dire qu’à une minute près j’étais à l’intérieur…

Une vingtaine de flics en civil, peut-être plus, sortent des camionnettes et se dirigent en courant vers le Grand Palais. Ça doit sérieusement chauffer à l’intérieur vu leur empressement !

Dehors, l’ambiance est relaxe, mais on s’ennuie ferme. Les gendarmes mobiles continuent de nous regarder avec un air suspicieux et écoutent toutes nos conversations. Un autre, plus loin, filme tout le monde. Sauf les collègues, y’a droit à l’image quand même !

Tout d’un coup, un type se hisse en haut d’un lampadaire avec un drapeau pour le climat et crie : « Justice climatique ! » Pas de réaction particulière parmi les gens en-dessous si ce n’est quelques applaudissements et des : « Oh chouette, de l’animation ! », des « Putain, c’est haut quand même ! » et des « Haha, il est courageux ! » Tout le monde reste gentiment en rang deux par deux en attendant la ré-ouverture de l’expo.

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Un mec sur un lampadaire ? Il n’en fallait pas plus pour qu’une troupe de gendarmes se mettent à courir vers lui. Quelques personnes se mettent autour du lampadaire en signe de solidarité. La Menace est à son plus haut niveau. Les gendarmes chargent, poussent et bousculent. Jusqu’à renverser un mec en fauteuil roulant (le même que j’avais aperçu 1/2 heure avant sur le trottoir avec les autres interdits d’entrée). Les gendarmes lui marchent littéralement dessus avant de le relever et de le mettre sur le côté.

Le lampadaire est encerclé. Heureusement que la police est là. J’ose à peine imaginer si elle n’avait pas réagi à temps. Il faudra six policiers pour faire descendre le terroriste écologiste. Personne n’aura été agressif un seul instant, ni l’homme perché, ni ceux restés au sol. Sauf ? Je vous laisse deviner.

Il est 15h passé et j’ai bien compris que pour l’expo Solutions COP21 c’était fini pour aujourd’hui. L’avenue est couverte de CRS et de gendarmes. L’intérieur est vidé. Certains persistent à faire la queue à l’autre bout du bâtiment. Ils n’ont visiblement pas été prévenus de ce qu’il se passait à quelques mètres.

Je repars. Sur le chemin du retour, je croise une quinzaine de militaires en patrouille, le service de sécurité de la RATP dans le métro et des policiers devant chez moi. Pour le changement de société, je repasserai.

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Bourlingueuse du dimanche, exploratrice du quotidien, Wallifornienne à Paris.

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