L’Amérique divisée

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Nous sommes aux Etats-Unis dans les années 60. La société voit l’arrivée progressive d’une contre-culture qui gagnera en importance tout au long de la décennie. Dans celle-ci, le célèbre mouvement hippie réunit de nombreux jeunes partageant les mêmes idéaux pacifistes. C’est durant cette période qu’apparait la consommation de masse et la valorisation exacerbée du fameux « American Way of Life », par l’entremise, notamment, du monde de la publicité qui prend lui  aussi son essor.

Un esprit contestataire important va se développer sur cette base, notamment concernant la guerre du Vietnam. Le mouvement grandit et se développe progressivement, mais reste toutefois assez marginal. Voilà finalement qu’arrive l’été de l’année 1967 et son « Summer Of Love », à San Francisco. La ville verra débarquer plus de 100.000 personnes du monde entier, qui passeront l’été à expérimenter le mode de vie hippie. Parmi ceux-ci, beaucoup de jeunes, mais pas que. De simples touristes ainsi que des militaires venant des casernes alentours transiteront par la ville durant cette période. Ceux-ci, en rentrant finalement chez eux, contribueront à diffuser l’idéologie hippie. Toutefois, ce n’est que 2 ans plus tard, avec la réunion de 500.000 personnes dans les zones rurales à proximité de la petite ville de Woodstock que les idéaux pacifistes du mouvement atteindront leur paroxysme.

Toutefois, l’année 1969 est également celle de la grande désillusion. La « majorité silencieuse » réactionnaire réagit vivement face à la montée et la popularisation de ces mouvements contestataires et la rupture entre deux Amériques, l’une conservatrice, l’autre progressiste, se fait finalement pleinement sentir.

Il faudra attendre la fin des années 60 pour qu’Hollywood emboîte finalement le pas de ces mouvances contre-culturelles avec des films plus indépendants, plus libres dans le ton, et proposant souvent un propos politique virulent. Ces films marqueront le début d’une période appelée « Nouvel Hollywood », qui redynamisera l’industrie, en perte de vitesse à l’époque. Parmi ces films, Easy Rider, de Dennis Hopper, parviendra à illustrer assez justement le « bad trip » que subissent les adeptes de cette contre-culture ainsi que la fracture profonde entre deux parties de la population, aux idéologies bien différentes.

Ce changement dans le paysage cinématographique américain va également pousser des réalisateurs européens à migrer momentanément à Hollywood et à y aller de leur propre commentaire sur la société américaine. Ce sera le cas de Michelangelo Antiononi (auteur du célèbre Blow-Up) qui viendra tourner Zabriskie Point, un film nous présentant, dans l’ordre, des mouvements de contestation étudiante, une vision de l’appareil policier légèrement négative voire fasciste, une orgie dans le désert, et des symboles du consumérisme qui volent en éclat. Ce sera également le cas de Peter Watkins, un réalisateur britannique qui viendra tourner le seul film américain de sa carrière, Punishment Park.

Marche ou crève

Punishment Park est une docu-fiction sortie en 1971. Elle nous présente une société américaine dystopique dans laquelle l’état d’urgence est décrété afin de contrer la contestation importante de la jeunesse militante. Le gouvernement procède à des arrestations massives et met sur pied des tribunaux civils régionaux improvisés. Tous ceux reconnus coupable de sédition par ces tribunaux ont alors le choix entre purger une lourde peine de prison ou passer 3 jours au Punishment Park, un camp à ciel ouvert où ils devront effectuer un parcours de 3 jours et 80 km dans le désert. Leur but est d’atteindre un drapeau, gage de liberté, tout en évitant les patrouilles armées lancées à leur poursuite. Les caméras de télévision présentes suivent deux groupes, le 637, déjà au Punishment Park, et le 638, dont le procès débute.

Peter Watkins a eu pour objectif de s’en prendre au fascisme latent qu’il perçoit dans le gouvernement américain à cette époque, mais aussi à l’asservissement qu’il exerce sur les médias à des fins de propagande. En effet, les caméras présentes pour capter les événements sont celles de journalistes de télévisions internationales, et ceux-ci sont systématiquement (à une exception près) muets en hors-champ, se contentant d’enregistrer, comme il leur a été demandé de le faire.

L’attrait principal du film, et ce qui lui permet d’avoir un cachet si authentique, est le fait que Watkins n’ait pas choisi d’acteurs professionnels pour les scènes de procès. Ceux-ci ont été sélectionnés suivant leurs positions idéologiques, ce qui a donné lieu à des échanges finalement assez peu simulés sur les questions essentielles de libertés individuelles et d’allégeance au drapeau. De mêmes, les policiers présents lors des séquences dans le désert proviennent d’une base militaire proche.

Il est intéressant de préciser que lors de sa sortie, le film n’est resté que 4 jours en salle car les exploitants avaient peur que des actes de violences apparaissent lors des projections. En effet, et en bref, Punishment Park est un film qui, bien qu’un peu cliché dans son esthétique ou son propos, fait vivement réagir sur les dérives du pouvoir et de la télévision, notamment grâce à son aspect documentaire.

Et ça, à l’heure où un milliardaire xénophobe, sexiste et mégalomane dirige l’un des pays les plus puissants du monde, et où l’Europe prend douloureusement conscience de la corruption de ses élus politiques, ça ne peut que faire du bien. Ça tombe bien, dans le cadre de la délocalisation d’Offscreen, Punishment Park sera justement diffusé à Liège ce 22 mars.

 

Punishment Park, de Peter Watkins (USA, 1971, VOSTFR, 87’)

Mercredi 22 mars au ciné-club de la HEL (rue Hazinelle 2, 4000 Liège) dans le cadre du festival Offscreen Liège.

Ouverture des portes à 19h30, projection à 20h15.

Entrée libre mais réservations obligatoires par courriel à olivier.donneau@hel.be

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