Offscreen 2018 : Quand l’Italie se donne un genre

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L’Italie, en plus d’être la source de délicieux produits du terroir et la patrie de politiciens décrépits déterminés à ne jamais lâcher l’affaire (coucou Silvio), est également un pays qui a permis des expressions nombreuses et variées d’un point de vue cinématographique. Mais de quel type de cinéma parle-t-on exactement ?

Lorsque l’on évoque le cinéma italien, deux visions bien distinctes semblent systématiquement se télescoper auprès du grand public comme des cinéphiles.

D’un côté, la vision d’un cinéma ayant pu revendiquer une certaine qualité artistique et bénéficiant d’une reconnaissance importante des milieux spécialisés et « à forte valeur culturelle ». Ce fut le cas pour des cinéastes comme Federico Fellini ou Michelangelo Antononi, deux « abonnés cannois », mais aussi pour d’autres comme Dario Argento ou Sergio Leone, ayant notamment donné ses lettres de noblesses au cinéma de genre transalpin et bénéficiant d’une reconnaissance des cercles critiques pour leur influence sur l’histoire du cinéma.

D’un autre côté, une représentation souvent peu élogieuse et parfois formellement abominable d’un cinéma qui semble systématiquement verser soit dans du bis pur jus (et fauché), soit dans du plagiat bas de gamme de films ou de genres populaires américains (fauché également, de fait).

Deux visions d’un cinéma italien donc, évidemment valides toutes les deux, et qui s’expliquent en réalité par le déclin assez écrasant (et inéluctable ?) que l’industrie a subi au début des années 80.

Revenons d’abord légèrement en arrière : la fin des années 60 et le début des années 70 marquent le début d’un âge d’or pour le cinéma de genre à l’italienne. Certains précurseurs, comme Mario Bava et Sergio Leone, ayant créé des œuvres à succès, esthétiquement marquées, et réutilisant de façon personnelle certains codes ou figures mythologiques presque aussi vieilles que le cinéma lui-même, ont permis l’émergence de genres cinématographiques typiques et extrêmement codifiés (le Giallo pour le premier, le Western Italien pour le second). En résulteront plusieurs centaines de films produits durant la décennie, en raison d’un rythme de production extrêmement soutenu et de tout un pan de l’industrie qui « prend le pli ». A tel point qu’arrivée la fin des années 70, les différents Western et Gialli produits semblent presque l’être en pilotage automatique tant il semble évident que les équipes derrière ces films maîtrisent jusqu’au bout des doigts les codes et les méthodes de production associées à ces genres.

Ces films, reconnus comme étant du cinéma populaire, même à l’international (ils n’auront par exemple aucun mal à sortir des salles d’arts et d’essai pour investir les cinémas de quartier), iront même jusqu’à concurrencer les films populaires américains.

Alors que s’est-il passé dans les années 80 ?

Tout d’abord, si l’on poursuit le parallèle avec le cinéma américain, le début des années 80 marque la fin définitive du Nouvel Hollywood et l’essor d’un cinéma grand public important, avec les moyens qui lui seront associés. Ainsi, alors que les États-Unis se mettent rapidement à la page en terme de performance technique et d’effets spéciaux, l’Italie peine à renouveler ses méthodes.

Ensuite, les budgets alloués aux productions italiennes se sont rapidement réduits à peau de chagrin et les ont conduits à se lancer dans un recyclage de concepts, de décors, et plus largement de moyens techniques, des plus voyant et putassier.

Enfin, cette période a également été le témoin d’un essor assez important de la télévision dans les foyers italiens, ce qui a notamment permis à une très large portion du public de revoir bon nombre d’œuvres célèbres issues des deux décennies précédentes, ce qui a peut-être également créé un effet d’overdose. Un élément qui explique aussi certainement le fait que de nombreux – et illustres – réalisateurs de cette époque se soit recyclés dans la télévision.

Là où le bât blesse, c’est que ce sont ces mêmes réalisateurs reconnus pour leur travail dans les seventies qui seront pointés du doigt comme réalisateurs nanardesques dans les eighties, et c’est une classification qui semble malheureusement avoir également contaminé le travail – tout à fait respectable – effectué par ces réalisateurs quelques années plus tôt.

Mais qu’à cela ne tienne, Offscreen Festival envahit une nouvelle fois la Cité Ardente, et l’une des projections entend bien tenter de réparer cette énorme injustice par la diffusion d’un Giallo et d’un Western, tous deux issus de la grande époque.

Une double projection-surprise à déguster le 17 mars à La Zone à partir de 18h.

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